Jamais la salle du cinéma Alpa Joe n’aurait accueilli autant d’hommes en boubous et koffias, tous venus assister à la conférence sur l’islam, signe que les Mahorais sont aussi dans l’interrogation de la pratique de cette religion.

 

L’islam plus que jamais interrogé en France, à mesure que le pays subit des attentats, les regards sur l’islam sont de plus en plus méfiants. L’islam de Mayotte toujours considéré comme étant de paix échappe-t-il au trouble du monde ? Pas tant que ça. Le soufisme ne plait pas à tout le monde notamment pas aux wahhabites. Ainsi, le département a présenté une conférence et des colloques sur l’islam à Mayotte. Si certains peuvent s’interroger sur l’utilité de ces travaux, et bien on peut dire qu’ils ont été utiles à bien des égards.

Prenons l’exemple de l’atelier consacré à la singularité de l’islam dans notre île. Rien que l’intitulé posait problème, faut-il parler de l’islam à Mayotte ou l’islam de Mayotte ? Pour l’un des intervenants, l’imam d’Ivry et linguiste, chercheur au CNRS Mohamed-Soyir Bajrafil. Pour lui, il s’agit d’une question linguistique qui n’a pas forcément lieu d’être. « Ce sont juste des prépositions et que si tous ceux qui ne savaient pas se taisaient, plus des 3/4 des divergences seront supprimées ». Mais les plus rigoureux répondent qu’il n’y a qu’un seul islam, donc on ne peut pas parler de l’islam de Mayotte.

Bidiaan ou pas bidiaan, telle est la question

Le fond est ailleurs, il y a une pratique de l’islam dans notre île et cette pratique séculaire contraste avec ce que l’on peut trouver dans d’autres pays. Ici les dairas et les débaa et les moulidis rythment les weekends et occupent hommes et femmes. Des rituels où il n’est question que d’invocation à Allah et surtout au prophète Muhammad. Des rituels religieux donc. Sans parler du mois de maoulida pour célébrer la naissance du prophète Muhammad. Avoir un enfant né durant ce mois est une véritable bénédiction pour beaucoup de mahorais et jusqu’à une période récente, ils étaient les seuls à avoir un anniversaire fêté comme il se doit avec lecture du barzangui, où voisins et amis de la famille viennent lire la vie de prophète, s’en suit un festin.

Une pratique religieuse pour la plupart des Mahorais, jusqu’au jour où certains sont arrivés et ont déclaré ces pratiques haram, « bidiaans » des innovations qui n’auraient rien à voir avec les textes. Et c’est ainsi que la division s’est installée au sein des familles, mais surtout dans la pratique de l’islam. L’imam Bajrafil remet les choses dans leur contexte, « c’est l’apprentissage de la vie du prophète, mais sans traduction ». L’imam souligne l’influence de certains pays « le problème est que certains amènent les traditions de là où il a été et veut changer les habitudes des Mahorais ». Il invite à regarder ce qui se fait dans les bases de l’islam « le reste, c’est de la tradition et des coutumes » résume-t-il, rassurant beaucoup de Mahorais.

Le débaa, danse féminine, est elle aussi une tradition bien ancrée dans la culture mahoraise, d'inspiration soufie.

Le département, organisateur du colloque, parle d’un retour aux fondamentaux qui ont cimenté jusque là la société mahoraise. L’islam de paix de Mayotte. L’islam sunnite, de rites chaféites animés par des confréries.

Le soufisme a permis la diffusion de l’islam dans l’île par ces pratiques, ces confréries qui ont créé une cohésion sociale. Aujourd’hui, si tout ceci, c’est du bidiaan, qu’en est-il de la cohésion sociale ? C’est ainsi qu’à Mayotte des hommes et des femmes sont bousculés dans leur pratique autant par la France que par le Moyen-Orient.

 

Kalathoumi Abdil-Hadi

 

A lire également sur la conférence sur l'islam :
Des lieux de culte toujours sans argent public ?