Il y a des moments où la politique n’interfère pas dans la vie des Mahorais. Un mot a été sciemment effacé du vocabulaire des Mahorais. Archipel.

 

Le mot archipel rappelle l’archipel des Comores tant fui et nié. Ni dans les discours politiques ni même dans la publicité, on ne parle d’archipel. On préfère le mot île. On dit souvent dans les îles voisines. Et jusque là, on s’accommode de cette pratique qui s’est inscrite dans notre inconscient. On ne parle pas d’archipel pour ne pas être associé aux Comores voisines qui ne cessent de parler d’îles sœurs. Et jusqu’au weekend dernier, jamais élu n’a commis une entorse à la règle. Mais voilà, le département a organisé ses colloques sur l’islam et parmi les intervenants venant de Paris, il y a « un enfant de l’archipel » comme l’a qualifié Issa Abdou, président de la séance où intervenait l’imam d’Ivry. Il faut reconnaitre que ça n’est pas la faute du quatrième vice-président du conseil départemental. Le mot ne lui serait sans doute pas venu à la bouche si Mohamed-Soyir Bajrafil n’avait pas autant employé le mot archipel dans son vocabulaire. Quand il parle de l’islam de Mayotte, c’est de l’islam de l’archipel souligne-t-il. Le mot archipel est revenu plusieurs fois dans sa bouche et finalement Issa Abdou l’a repris sans même s’en rendre compte sans doute.

La salle du cinéma Alpa Joe a fait le plein les 8 et 9 juillet dernier pour la première conférence sur l'islam organisée par le conseil départemental de Mayotte.

L’imam Bajrafil, linguiste et chercheur au CNRS, était bien conscient — lui — de ce qu’il faisait et c’est sciemment qu’il a employé ces termes a-t-il reconnu. Il ne fait pas de politique dit-il et tant que la politique sera au milieu, il y aura toujours une tension entres les Comoriens et les Mahorais. Et il est vrai que même les plus septiques ont oublié que l’imam était aussi Comorien, impressionné par sa récitation des versets coraniques et sa parfaite maitrise de la langue arabe :
« Il est doué, il faut le reconnaitre il est très doué. »
« C’est une langue maternelle pour moi » reconnaît ce dernier. Comme quoi sans la politique, on peut oublier notre hantise du Comorien et se concentrer sur l’essentiel. De là à fêter le six juillet ici, on n’exagérera pas…

 

Kalathoumi Abdil-Hadi

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